AGNES

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La bibliothèque – Agnès le reconnaît, quand on entre chez elle, « on est en prise direct avec le ciel ». Depuis cet appartement à l’atmosphère minimaliste, le panorama sur Paris est magnifique, d’autant qu’on a l’impression de se trouver littéralement au-dessus de la capitale. On se croirait comme à bord d’un bateau avec seulement l’horizon en ligne de mire. D’ailleurs Agnès chausse ses lunettes de soleil. Et les livres font partie du voyage. Agnès n’est pas le genre à penser l’ordonnancement de sa bibliothèque. Ses livres sont là, près d’elle, elle en a besoin et c’est tout ce qui compte. On reconnaît un classement pratique et intuitif par maison d’édition – et donc par couleur : les livres crème de Gallimard, le blanc des éditions Minuit, le bleu layette du Mercure de France. La petite table sur laquelle elle écrit – ses romans mais aussi ses recherches – se déplace dans la pièce au gré de son humeur. Près de la fenêtre quand Agnès veut de l’espace ou près de la bibliothèque, lorsqu’elle a besoin d’être bien entourée. Mais elle peut écrire partout surtout pour les romans qui relèvent, pour elle, du plaisir pur, sans aucune pénibilité. D’ailleurs, son premier roman, elle l’a écrit pour contrer l’ennui de la réécriture de sa thèse.

Lectures – Agnès lit beaucoup, alternant romans et essais. Pour les romans : principalement la littérature française et contemporaine. Elle se laisse porter par l’actualité littéraire, les nouveautés. « J’ai été éblouie dernièrement par un très beau roman d’une jeune auteur » confie-t-elle en nous montrant Amours de Leonor de Récondo, une belle histoire de femmes portée par une écriture fluide, classique. Elle évoque aussi le dernier roman de Virginie Despentes, une fresque décapante sur le milieu underground parisien. Les romans de Maylis de Kerangal et de Gilles Leroy lui viennent également à l’esprit. « Et s’il faut citer des références classiques, alors je dirai Marguerite Duras. » Dernièrement, elle s’est essayée aux polars (« avec l’idée d’en écrire un ! », rit-elle). Mais la lecture ne fut pas concluante : « ça m’a fait peur… »

Agnès enseigne à Genève les gender studies. Elle y consacre donc une partie de son temps de lecture : Foucault et Barthes, les incontournables. « Mais ils sont aussi de vrais écrivains qui savent transmettre l’histoire ». D’ailleurs, elle nous conseille un livre préfacé par Foucault qui vient d’être réédité : journal d’Herculine Barbin dite Alexina B. Pour nous donner envie, elle sait trouver les mots : « ce livre rassemble les souvenirs et impressions d’un hermaphrodite mort en 1868. » Agnès nous explique que ce texte éclaire ce que Foucault appelle « la vérité du vrai sexe ». On s’y penchera, promis. En cherchant dans sa bibliothèque, Agnès attrape l’œuvre théâtrale de Angelica Lidell : « On retourne à la catharsis, à l’innommable, ça me touche. » Coup d’œil par la fenêtre qui domine Ménilmontant. Vue incroyable (On l’a déjà dit ?). « À quoi sert la littérature sinon à nous remuer ? » demande Agnès. Ce n’est pas nous qui allons la contredire.

Autel – À quelques mètres de la bibliothèque, on remarque un petit autel : des statues, des bougies, de l’encens… « Vous venez de découvrir mon coin d’Asie ! » dit Agnès qui est née à Bangkok. Chaque année, elle retourne en Asie et ramène ces objets. « Ils me permettent d’entretenir un lien entre mes deux cultures: spirituellement bouddhiste, intellectuellement occidentale. »


QUELQUES LIVRES À EMPRUNTER À AGNES :

Amours de Leonor de Recondo, Sabine Wespieser, 2015: nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, pour développer une histoire d’amour inattendue et intense entre une femme et sa domestique.

Vernon Subutex de Virginie Despentes, Grasset, 2015 : premier volume d’une trilogie décapante sur le milieu underground parisien.

Champsecret de Gilles Leroy, Mercure de France, 2005 : un roman littéraire sur un écrivain qui quitte Paris pour le Perche et raconte sa vie d’homme.

Dans les rapides de Maylis de Kerangal, Editions Naïves, 2007 : le Havre, 1978. Elles sont trois amies inséparables. Un dimanche de pluie, elles font du stop, et dans la R16 déboule la voix de Debbie Harris, la chanteuse de Blondie. Debbie qui s’impose aux garçons de son groupe, Debbie qui va devenir leur modèle.

Sois mon corps de Catherine Malabou et Judith Butler, Bayard, 2010 : de Hegel à Foucault, en passant par Derrida et Kojève, les auteurs de cet ouvrage examinent ici la question de l’attachement au corps.

Herculine Barbin dite Alexina B., Gallimard, 1978, réédition 2014 : en 1860, à plus de vingt et un ans, Herculine Adélaïde Barbin, surnommée Alexina, devenait Abel en changeant de sexe à l’état civil. Sa plume passionnée raconte les tourments et les émois de la jeune fille, et s’achève sur l’amer désespoir de l’homme. La préface de Michel Foucault et la postface d’Eric Fassin sont particulièrement éclairantes.


SES BONNES ADRESSES :

Le café La Laverie, « pour un café, écrire, déjeuner ou boire un verre » (1 rue Sorbier, 75020 Paris).

Café Beaubourg, « l’après-midi il n’y a personne », c’est idéal pour travailler (100 rue Saint-Martin, 75003 Paris).

La librairie Les guetteurs de vent (108 avenue Parmentier, 75011) et Gibert Joseph pour les livres de poche (26 boulevard Saint-Michel, 75006 Paris).

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