YSABEL

Bibliothèque
Arrivée à Marseille dans le Panier il y a 45 ans, Ysabel vit toujours dans la même maison. Une maison qui a su grandir en même temps que la famille et qui s’étend maintenant sur trois étages. Les bibliothèques ont suivi le mouvement, se disséminant dans la maison, depuis le rez-de-chaussée, en passant par les toilettes (pour les polars), le bureau de son mari, Pierre (pour les essais et pour les ouvrages professionnels) jusqu’au sommet où se trouve la plus grande, la plus majestueuse et aussi la plus visible des bibliothèques de la maison. « C’est Pierre qui l’a construite » explique Ysabel qui nous montre plusieurs beaux-livres tels que Les Mille et une nuits, magnifiquement illustrés ou encore de nombreuses revues locales (comme La pensée de midi, mais malheureusement pas Les cahiers du Sud) qu’elle a collectionnées au fil des années. Elle ajoute que ce que nous voyons est le résultat de l’accumulation patiente et amoureuse de Pierre qui non content d’être un lecteur est aussi un bibliophile. « Pas totalement maniaque heureusement » précise-t-elle. « Je me rends compte en vous parlant que c’est aussi une bibliothèque très méditerranéenne, et même, plus spécifiquement très marseillaise. » Même dans les lectures récentes d’Ysabel, parmi lesquelles nous retenons Transit de Anne Seghers (Autrement) et Anguille sous roche de Ali Zamir (Le Tripode), Marseille apparaît. De façon omniprésente dans Transit puisque l’histoire s’y déroule en 1940. De façon plus implicite dans le roman de l’auteur comorien : Marseille abritant une des plus grandes communautés comoriennes.

Lectrice – Ysabel se définit comme une lectrice paresseuse et un peu aléatoire. « Paresseuse car il y a des moments où je ne lis pas. » Elle aimerait parfois retrouver le goût et la liberté de lecture de l’enfance. Pouvoir lire pendant des heures, sans que rien ne vienne perturber ce moment unique. Elle se souvient d’ailleurs très bien de l’une de ses premières lectures à l’âge de 7 ou 8 ans : Mémoires d’un âne de la Comtesse de Ségur. « J’avais tant pleuré. Je l’ai relu dernièrement et curieusement : j’ai beaucoup ri ! »

 

Club – Depuis 10 ans Ysabel fait partie d’un club de lecture, né de la bibliothèque du Panier. « C’est un club remarquable notamment à deux égards : il n’y a pas uniquement des vieux, et il y a même des hommes ! » rit-elle en nous faisant le portrait de plusieurs personnages de ce club qui compte entre autres un contrebassiste qui vient depuis l’Estaque en scooter pour parler littérature. Ils se réunissent une fois par mois et chacun choisit ce dont il a envie de parler. C’est peut-être ça leur secret, la liberté.

Visite et jeunesse – Pendant notre visite, une amie d’Ysabel arrive. Elle ne veut pas nous déranger mais lorsqu’elle entend que nous parlons de livres, de club de lecture et de Marseille, elle se joint à nous. Marie-Hélène est une ancienne bibliothécaire et elle est aussi la première femme de l’auteur Jean-Claude Izzo. De bonnes raisons de continuer ensemble la conversation. Aujourd’hui à la retraite, Marie-Hélène n’a jamais renoncé à sa vocation : « Chaque fois qu’un jeune entre à la maison, je lui demande de prendre un livre » explique-t-elle. « Parfois bien sûr, selon ce qu’il ou elle choisit, cela me pique un peu, cela peut-être un livre que j’aime et qui va me manquer. Mais ce n’est pas grave, je serre les dents.»

 

Ysabel aussi voit les livres rentrer et sortir de chez elle facilement. Et il y a une lecture qu’elle recommande particulièrement, notamment pour les jeunes gens : Lettres luthériennes. Petit traité pédagogique de Pier Paolo Pasolini (Seuil). « Un livre très intéressant sur la jeunesse avec une morale très forte. » L’auteur qui s’adresse en 1975, à un jeune napolitain imaginaire, lui explique entre autres choses que c’est désormais par sa bande, et non plus par ses parents, qu’il devra s’élever et s’éduquer. » On ne peut pas s’empêcher, et Ysabel approuve, de trouver un lien avec le roman que vient de publier son fils, Hadrien Bels, à la dernière rentrée littéraire : Cinq dans tes yeux. Un roman dans lequel le narrateur raconte son enfance et sa jeunesse avec sa bande d’amis dont il est le seul blanc, dans les années 90, dans un quartier d’immigrés, un quartier pauvre et populaire de Marseille : le Panier.