JEAN-PIERRE

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La bibliothèque – Bienvenu chez Jean-Pierre, agrégé d’histoire – qu’il enseigne en classes préparatoires – et traducteur. Aujourd’hui, il se coiffe d’une casquette de guide pour nous faire visiter son appartement. Nous entamons la visite, par un long couloir, où sont rangés les livres de linguistique. Nous y reviendrons. Nous passons dans le salon avec une nette domination des livres d’art et d’où on peut admirer une collection de masques mexicains. Puis nous continuons par le bureau, antre de la littérature. Nous terminons par la chambre avec les indispensables livres d’histoire. « J’ai espéré quelque temps que la chambre puisse rester sans livre… Mais non, impossible » Des livres, il y en a partout. Ceux qu’on voit et ceux qu’on ne voit pas. Chaque placard cache des ouvrages. Il ouvre une penderie : des bandes dessinées du sol au plafond. « Les vêtements sont un peu en marge » note-t-il. Et comment fera-t-il lorsque il n’y aura plus de place ? « Je suis dans le déni, je ne veux pas y penser ».

Les bibliothèques du couloir et de la chambre ont été faites par le frère de Jean-Pierre et un artisan. Il nous glisse un conseil : « l’important c’est de ne pas perdre de place. La bibliothèque doit donc monter du sol au plafond, être profonde, robuste, et avec des étagères mobiles ». Une bibliothèque, c’est une affaire sérieuse. La preuve : « En fait j’ai acheté cet appartement en pensant aux bibliothèques. Ici tous les murs sont porteurs, je savais que ça tiendrait. » Voilà une façon comme une autre de choisir son appartement !

Lectures dans l’ordre – Jean-Pierre aime l’ordre. Ça saute aux yeux. Et il ne s’en cache pas : « Je n’ai pas rangé pour votre visite, j’ai une névrose de l’ordre ! » On revient dans le couloir de l’entrée pour explorer, cette fois, les livres eux-mêmes. Jean-Pierre, qui – disons-le comme ça – a un fort intérêt pour la linguistique possède exactement 1163 ouvrages de grammaire concernant 856 langues, rangés par régions du monde : Océanie, Europe et Asie, Amérique, Afrique, Asie du Sud-Est. Cette collection est née d’une crise de la lecture, il y a quelques années : « Pendant plus de cinq ans, je ne suis pratiquement arrivé à lire que des livres de linguistique, essentiellement des grammaires de langues rares et lointaines. » Peut-être se sert-il de ces manuels pour son travail ? « Pas du tout ! C’est de la pure collection et c’est irrationnel » rit-il. Mais on sait bien que ce n’est pas tout à fait vrai : il a récemment écrit Poésie du gérondif, un éloge des grammaires, de la diversité des langues et des cultures du monde. Un bijou.

Côté littérature, Jean-Pierre a des goûts classiques et spécifiques : principalement les XIXe et XXe siècles français, les auteurs latino-américains et les romans qui mêleront littérature et histoire. « Si on parle du communisme, du nazisme, des deux guerres mondiales, alors je suis content ! » résume-t-il. On cherche une logique au classement. Jean-Pierre nous donne la clé : Classement par nationalité puis chronologique. « D’une façon générale j’évite les classements alphabétiques que je ne trouve pas poétique. »

On trouve aussi un important rayon de poésie qui fait l’objet d’un classement à part, car ce sont les livres qu’il attrape le plus fréquemment. « J’aime la versification classique » s’enthousiasme Jean-Pierre qui attrape un recueil de Jules Supervielle et l’ouvre là où un signet marque l’un de ses poèmes préférés : « Les chevaux du temps ».

Quand les chevaux du Temps s’arrêtent à ma porte


J’hésite un peu toujours à les regarder boire


Puisque c’est de mon sang qu’ils étanchent leur soif.

Langues vivantes – Jean-Pierre parle plusieurs langues. Dont l’estonien et le basque. « J’ai découvert l’Estonie lors d’un séjour touristique en 1996. » Il y était allé pour quelques jours. Sous le charme, il a jeté son billet retour et est rentré un mois plus tard « Tout le monde me croyait mort ! » Le calme l’avait séduit et aussi ce qu’il appelle « l’exotisme confortable ». « Et puis, s’amuse-t-il, personne ne sait rien sur l’Estonie, c’est alors très facile de briller dans les dîners en ville ! » Il s’y rend plusieurs fois par an, s’est fait des amis, a appris, naturellement, la langue.

Et pour le basque ? « En linguistique cette langue c’est l’Everest ! C’est une des langues les plus difficiles au monde. » Jean-Pierre a le goût du défi « et une sainte horreur de laisser reposer mes méninges ! »


QUELQUES LIVRES À EMPRUNTER À JEAN-PIERRE :

Les démons de Heimito Von Doderer, Gallimard, 1992 : « une réécriture des Démons de Dostoïevski. Un groupe de jeunes gens de l’aristocratie autrichienne des années 20 qui s’ennuient et sont absolument idiots. Ils décident alors de créer un mouvement terroriste. Le résultat est proustien, mêlé à l’histoire du 20ème siècle. » Le livre parfait pour Jean-Pierre !

La leçon d’allemand de Sigfried Lenz, Robert Laffont, 1999 : L’histoire du peintre Emil Nolde, qui en résidence surveillée chez les nazis, était interdit de peindre. Le récit est raconté par un jeune nazi, chargé de sa surveillance. Un chef-d’oeuvre qui a propulsé Siegfried Lenz au rang des plus grands écrivains allemands contemporains.

Clavel Soldat de Leon Werth, Viviane Hamy, 1993 : « Le meilleur livre sur la guerre de 14 sur un anarchiste qui pique une crise nationaliste en 14 et passe ensuite le reste de sa vie à se demander ce qui lui est arrivé ! »

L’ancêtre de Juan José Saer, Le Tripode, 2014 : « un homme qui au moment de la conquête de l’Argentine par les Espagnols a passé quinze ans avec les Indiens. Sur la découverte de l’autre avec une vraie performance d’écriture. »

L’homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk, Le Tripode, 2013 : traduit de l’estonien par Jean-Pierre ce roman génial raconte l’histoire du dernier des hommes qui parlait la langue des serpents, de sa sœur qui tomba amoureuse d’un ours, de sa mère qui rôtissait compulsivement des élans, de son grand-père qui guerroyait sans jambes, d’une paysanne qui rêvait d’un loup-garou, d’un vieil homme qui chassait les vents, d’une salamandre qui volait dans les airs, d’australopithèques qui élevaient des poux géants, d’un poisson titanesque las de ce monde et de chevaliers teutons épouvantés par tout ce qui précède… Peuplé de personnages étonnants, empreint de réalisme magique et d’un souffle inspiré des sagas scandinaves, un roman à l’humour et à l’imagination délirants.

Poésie du gérondif de Jean-Pierre Minaudier, Le Tripode, 2014 : nous recommandons fortement ce petit bijou qui fait de la grammaire dans le monde une aventure passionnante.


SES BONNES ADRESSES :

Si vous vous rendez en Estonie, Jean-Pierre suggère de visiter le quartier de Kamalaja à Tallinn, puis de sortir de la ville pour se promener à vélo à travers les belles forêts du pays.

Bookcase

Welcome to Jean-Pierre’s who is a professor of history and a translator. Today, he becomes for us a touristic guide in his own apartment. We start the visit with a corridor where are the books about linguistic. We will come back to it. We then pass the living-room where are the art books and a collection of Mexican masks. Then, the office; literature only. And we end with the bedroom with the books about history. “I hoped that the bedroom would be free of books… But no, that’s impossible.” There are books everywhere. Some can be seen, some are hidden. Each closet dissimulates some more books. Jean-Pierre opens a wardrobe: comics from floor to ceiling. “Cloths feel kind of lonely” he notes. And what will he do when there will be no more space? “I am denying the problem. I don’t want to think about it.”

The corridor and office’s bookcase have been made by Jean-Pierre’s brother and by a carpenter. An advice: “What matters is not to loose space. The bookcase must therefore goes from floor to ceiling, with movable, deep and robust shelves.” It is nothing to joke about: “Actually I bought this flat while thinking about my bookcases. Here there are only load-bearing walls, I knew it would hold well.” Or when your books help you to choose where you live…

Readings in order

Jean-Pierre likes order and he doesn’t hide it: “I didn’t put any order because you were coming. It is always like that. I am a bit of a control-freak.” We come back to the corridor to explore books themselves. Jean-Pierre has a very strong – to say the less – interest in linguistic and owns 1163 books of grammar about 856 languages ordered geographically: Oceania, Europe and Asia, America and Africa. This collection was born a few years ago from a reading crisis: “For five years, I was unable to read anything else than linguistic books, especially grammars books from rare languages”. Does he use these manuals for his work? “Not at all! It’s pure collection and totally irrational” he says, laughing. But we know that it is not totally true: Jean-Pierre has published a few months ago, Poésie du gerondif, a little gem that praises grammars, and diversity of languages and cultures of the world.

For literature, Jean-Pierre has classic and specific tastes: mainly French novels from 19th and 20th centuries, authors from South America and novels that mix literature and history. “If it’s about communism, Nazism, both World Wars, then I am happy!” he sums up.

We are trying to understand how the literature is classified and Jean-Pierre gives us a clue: by nationality and then chronologically. “I avoid alphabetical classifications. They lack of poetry.” Speaking about poetry, Jean-Pierre reads lot of it and poetry books benefit a dedicated and accessible shelf, as they are the books that he grabs more often. He has a special inclination for classical versification.

Languages

Jean-Pierre speaks several languages. Including Estonian and Basque. “I discovered Estonia in 1996 during a touristic trip.” He was there originally for a few days. But charmed, he threw his return ticket away and stayed for a month. “Everyone thought I was dead!” Quietness and what he calls “comfortable exoticism” seduced him. “And no one knows anything about Estonia so it is a very good topic to sound brilliant in society” he says laughing. He goes there several times a year, has friends there and he has learnt the language, naturally. As for the Basque language? “For linguists, Basque is the Everest! One of the most difficult languages in the world.” He likes challenge “and I hate to keep my brain at rest!”


A FEW BOOKS TO BORROW FROM JEAN-PIERRE:

The German Lesson by Siegried Lenz, New Directions: published in 1968, it tells the story of Siggi Jepsen, a young man in a school for juvenile delinquents who is required to write an essay on “The Joys of Duty.” The essay soon grows into a book, an aching recollection of how his father, a German police officer in a small northern coastal town during the war, became obsessed with enforcing an order to stop an artist — one of the officer’s old friends and a beloved mentor of Siggi — from painting. Inspired by the story of Emil Nolde.

The Demons by Heimito Von Doderer, Knopf:  this enormously long and complex novel deals with the relations among a group of people in Vienna in the late 1920s. In a sense little happens but the whole texture and detail of a society is reconstructed, in cafes, bourgois homes, castles, workrooms, offices. And they are welded together by astonishing, lucid perceptions of the most peripheral insights and relations. . .Narrower, drier, more intellectualized than Proust, though in some ways as complete a segment of a society, this pinpoint concentration on the minute of many lives is a complex and brilliant reading experience.

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