MICHAEL

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La bibliothèque – Michael nous accueille dans l’appartement parisien où il a presque toujours vécu. Nul besoin de chercher les livres, ils sont partout. « On peut parler de débordement » sourit-il. Après avoir colonisé le corridor puis quatre grandes armoires, les livres viennent s’empiler par petits amas dans le séjour qui est aussi l’atelier de peinture de l’artiste. Ce qui paraît être une organisation anarchique est pourtant très ordonné : « les livres sont classés par ordre alphabétique » nous explique Michael et lorsque nous évoquons un auteur, il sait parfaitement où trouver son œuvre.

Les livres ne sont pas les seuls occupants : « je garde tout y compris les scénarios et les pièces qui sont classés par année. » Également des piles et des piles de cassettes de musique. Un travail impressionnant d’archivage. « Cela me bouche un peu l’espace, concède t-il, mais c’est aussi très utile. »

Lectures – Après une enfance passée en Angleterre et au Maroc, Michael arrive en France à l’âge de 20 ans. « Je ne connaissais rien à la littérature, à l’exception peut-être de Alice au pays des merveilles qui m’avait enchanté». Le mari de sa tante, Marcel Arland, écrivain (Prix Goncourt 1929 pour L’Ordre, Gallimard) décide de s’occuper de lui. « Il s’est penché sérieusement sur mon inculture et m’a fait lire les grands auteurs qui marqueront ma vie ». Stendhal, Claudel, Flaubert, Proust entre autres. « Et Chateaubriand bien sûr que j’ai eu l’occasion de lire dans des circonstances particulières ». Appelé pour le service militaire il emmène avec lui l’œuvre de Chateaubriand dans la Pléiade qu’il lit les soirs où ses camarades et lui sont consignés. « Un soir, un forgeron de Strasbourg avec lequel je partageais ma chambre, me demande ce que je lis. C’était Les mémoires d’outre-tombe dont la lecture m’enthousiasmait. Il me prend alors le livre des mains et commence à lire à voix haute avec son drôle d’accent et sa voix roque. Le silence s’est fait dans la chambre et tous les autres gars sont venus l’écouter. Il a tenu tout un chapitre comme ça. J’étais très touché et il a arrêté en disant : qu’est-ce que c’est beau ». Moment extraordinaire.

Puis viendra Virginia Woolf  – « j’ai eu un amour fou pour elle, pour ce beau visage et j’ai rapidement lu toute son œuvre. Son ton me touchait beaucoup». Plus tard, les grands auteurs américains notamment Faulkner et Steinbeck. En homme de théâtre, il a particulièrement lu Shakespeare – « plus beau en anglais qu’en français, l’anglais étant très musical, avec de belles résonnances » et les pièces de Peguy : « C’est incroyable ce qu’il a écrit, on dirait que ça a été écrit pour aujourd’hui. » On ne peut pas ne pas évoquer Marguerite Duras dont les livres occupent plusieurs étagères ici. India Song et Lol V. Stein sont parmi les préférés de Michael. « Avec Duras cela a été une grande rencontre, de celles qui changent une vie. » C’est avec elle qu’il a finalement fait le plus de théâtre. « Nous avons créé ensemble L’amante anglaise et l’avons ensuite joué pendant plus de 30 ans ! »

En promenant notre regard dans la pièce on remarque aussi de nombreux textes religieux et spirituels. Parmi les auteurs importants : Christian Bobin, Guy Gilbert mais surtout Maurice Zundel, un prêtre suisse. « Je l’ai rencontré à 22 ans, au moment de mon baptême. C’est un esprit immense et il est resté un guide pour moi. » Tout comme Sainte Thérèse de Lisieux, « la petite Thérèse », dont il garde une photo près de lui. « J’ai découvert le personnage au travers de Histoire d’une âme, le grand livre de Thérèse. » Ebloui par la lecture de ces textes, il a monté une pièce et un film autour d’elle (Vous m’appellerez petite Thérèse) avec une jeune actrice kabyle dans le rôle de Thérèse. « Elle était magnifique et juste dans ce rôle : la présence de l’amour dépasse les religions ».

Voix haute – Ce qui caractérise Michael en tant que lecteur est aussi le nombre incroyable de lectures pour le théâtre et d’enregistrements de textes pour la radio et pour des livres audio qu’il a fait et continue à faire : de Platon à Agatha Christie en passant par Dostoïevski . « J’ai toujours aimé cela. C’est très agréable à enregistrer et à faire, il n’y a pas de répétition, c’est spontané ». Il aime faire plaisir aux gens qui le remercient souvent de leur rendre certains textes accessibles. « Avec Denis Podalydès nous avons enregistré Les contemplations de Victor Hugo. Plus de cinq milles vers chacun, deux semaines d’enregistrement, une vraie aventure ! » Ces lectures, notamment au théâtre lui permettent aussi de ressentir les textes différemment : « Lorsque j’ai lu au théâtre de La Bruyère, il y a quelques années, A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, j’ai découvert en entendant rire le public, combien c’était drôle. Je n’avais jamais réalisé cela avant. »

En ce mois de janvier Michael Lonsdale est au théâtre National d’Angers où il retrouvera entre autres textes ceux de Charles Peguy : « Il faut continuer à entendre des voix comme ça » nous enjoint-il en nous raccompagnant. « Et prenez donc mon carrosse » rit-il en désignant l’ascenseur qui nous ramènera.

Crédit photographies: Olivier Marty


QUELQUES LIVRES À EMPRUNTER À MICHAEL :

Mémoires d’outre-tombe de François René de Chateaubriand, La Pléiade

India Song de Marguerite Duras, Gallimard : C’est l’histoire d’un amour, vécu aux Indes, dans les années 30, dans une ville surpeuplée des bords du Gange. Deux jours de cette histoire sont ici évoqués. La saison est celle de la mousson d’été. Quatre voix sans visage parlent de cette histoire. L’histoire de cet amour, les voix l’ont sue, ou lue, il y a longtemps. Certaines s’en souviennent mieux que d’autres. Mais aucune ne s’en souvient tout à fait et aucune, non plus, ne l’a tout à fait oubliée. L’histoire évoquée est une histoire d’amour immobilisée dans la culminance de la passion. Autour d’elle, une autre histoire, celle de l’horreur, famine et lèpre mêlées dans l’humidité pestilentielle de la mousson.

Histoire d’une âme de Sainte Thérèse de Lisieux, Presses de la Renaissance : En 1956, presque soixante ans après sa mort, le père François de Sainte-Marie a présenté la première édition critique d’Histoire d’une âme, qui a atteint cinq cents millions de lecteurs. Quarante-trois ans plus tard, Conrad De Meester a réexaminé de fond en comble, aux archives du Carmel de Lisieux, tous les aspects de l’authenticité d’Histoire d’une âme, et a soumis les manuscrits de Thérèse à un examen minutieux. Le résultat a fait sensation. Les conclusions ont en effet contraint l’auteur à publier cette toute nouvelle édition critique, rétablissant la structure authentique d’Histoire d’une âme ; illustrée, présentée et annotée avec précision et sens pastoral, elle est destinée à devenir l’édition de référence.

Les Contemplations de Victor Hugo, lu par Michael Lonsdale et Denis Podalydès, éditions Thélème : Les Contemplations de Victor Hugo est un recueil de poésies écrites entre 1834 et 1855. Regroupés en deux tomes, ces poèmes se divisent entre Autrefois et Aujourd’hui, une période heureuse où l’auteur contemplait la richesse de l’amour et de la nature, et des jours plus sombres frappés par le deuil de sa fille Léopoldine.
Michael Lonsdale et Denis Podalydès lisent en alternance les six livres que composent Les Contemplations, l’un des écrits les plus connus de la langue française.

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